Le Vison d'Europe

Ce mustélidé figure parmi les espèces les plus menacées de notre faune. Après avoir occupé une quarantaine de départements au début du XXe siècle, l'espèce n'est présente aujourd'hui qu'en Aquitaine et dans le sud de la région Poitou-Charentes. Cette régression se poursuit tandis que les effectifs déclinent. Des mesures concrètes de conservation doivent être prises rapidement pour espérer sauver la population.

Pour télécharger le document (pdf) présentant cette espèce et relatant les travaux effectués notamment par la SFEPM, cliquez ici.


Journées techniques Vison d'Europe - 19-22 octobre 2004, Moliets et Maa (Landes)

Le Vison d’Europe (Mustela lutreola) a le triste privilège d’être classé comme l’un des mammifères d’Europe les plus menacés. Or il est encore présent dans quelques départements du sud-ouest de la France. Quatre journées techniques destinées aux gestionnaires d’espaces naturels ont permis de proposer et de discuter des mesures de gestion les plus compatibles avec la survie de l’espèce.

Dès 1999, le ministère en charge de l’Environnement a financé un plan national de restauration du vison d’Europe. Cette espèce de petit mustélidé inféodée aux zones humides était présente dans une quarantaine de départements français au début du XX ème siècle. Cent ans plus tard, alors qu’elle est officiellement totalement protégée, elle a perdu plus de la moitié de sa répartition connue. Administrativement la gestion du plan a été déléguée à la Direction régionale de l’environnement (DIREN*) de l’Aquitaine et l’animation du plan à la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM). Un des acteurs de terrain essentiel de ce programme, avec l’aide de nombreux partenaires, a été le GREGE** dirigé par notre confrère Pascal Fournier.

Tout logiquement, ces mêmes structures se sont retrouvées pour l’ouverture des journées techniques, au côté de Madame le maire de Moliets et Maâ, du représentant du Conseil Régional d’Aquitaine et du représentant du Conseil Général des Landes, autres partenaires dans ce programme de restauration dont on attend le renouvellement après la fin du premier plan de 5 ans.

Les quatre journées d’échanges et de formation correspondaient chacune à un thème particulier. Les deux premières étaient consacrées à la gestion des habitats à vison, zones humides le mardi, cours d’eau le mercredi, le jeudi était consacré aux conflits issus de la lutte contre les espèces classées « nuisibles » et le vendredi abordait les impacts et aménagements possibles des structures routières (destruction d’habitats favorables, passages adaptés pour éviter les visons écrasés).

La première conférence, celle de Christine et Pascal Fournier, présentait l’état des lieux et le point sur les connaissances sur cette espèce très discrète et pas toujours connue, même là où elle existe. Les différentes questions propres à ces journées techniques ont été posées à cette occasion. Le vison d’Europe occupe une niche écologique particulière, très liée aux zones humides, autant comme source de nourriture que comme refuge pour échapper à la concurrence des autres carnivores (dont le vison d’Amérique, M. vison, échappé de captivité et susceptible d’être classé « nuisible »), voire pour s’en protéger directement. Comme il ne semble pas être un excellent chasseur, il a aussi besoin de grands espaces. Les quelques animaux capturés et suivis après la pose d’émetteurs peuvent se déplacer sur une quinzaine de kilomètres, ce qui est beaucoup pour un animal de moins de 1kg, assez risqué également. Le suivi de ces individus équipés a aussi expliqué certains des facteurs de régression. L’assèchement des zones humides est une cause majeure de régression et la France a perdu 67% de ses zones humides en un siècle. Le vison gîté se sent réellement en confiance et ne fuit pas devant un engin lourd de travaux publics ou agricoles. Aussi peut-il se faire souvent enterrer sur place. Il est aussi capturé dans les pièges à ragondins et à visons d’Amérique et il est parfois victime de la circulation routière.

Pour essayer de faire face à ce constat de façon positive, Christian Maizeret (CG Landes), un des pionniers de l’étude du vison d’Europe en France, a proposé un schéma global de conservation des habitats pour les 68 réseaux hydrographiques encore concernés par l’espèce en France. Si 53 de ces réseaux sont concernés par la démarche Natura 2000, les 15 autres ne sont certainement pas à négliger pour autant. La démarche proposée est très pragmatique. Il s’agit de commencer par un diagnostic de situation puis de définir les mesures de conservation adaptées, selon le diagnostic et le site. Quatre zones pilotes sont testées et un tableau de bord se met en place pour les 68 réseaux hydrographiques.

Autour de ces deux communications, des études de cas ont été présentées, liées aux paysages typiques du sud-ouest que sont par exemple les « barthes » de l’Adour ou les « saligues » du gave de Pau, en fait les zones inondables des vallées de ces rivières. Le plan national sur les zones humides (1995) a aussi été rappelé avec ses constats et son bilan 2003 : les dégradations continuent ! En ce qui concerne les pièges-cages à ragondins, une petite ouverture carrée sur un côté permet aux visons de sortir sans risque et sans que le rongeur ne puisse repartir. Dans les régions où le vison d’Europe existe (ou existerait) l’usage des pièges tuants est à interdire et le putois (M. putorius, lui-même en régression) ne doit pas être classé nuisible. L’usage des anticoagulants devrait être interdit dans toutes les zones à vison. Pour les aménagements routiers, les enjeux restent délicats car un nouveau tracé de route, d’autoroute, de bretelle d’accès à une autoroute, aura toujours tendance à passer plutôt à travers une zone humide (même protégée) qu’à travers un espace cultivé ou industriel et les dégradations risquent donc de se poursuivre même si les aménageurs sont invités par leurs propres bureaux d’étude à intégrer la protection des milieux et des espèces remarquables dans leurs projets.

Le bilan de ces quatre journées techniques, destinées à des gestionnaires d’espaces naturels, est très positif. A côté de la plaquette sur la gestion des habitats du vison d’Europe, déjà disponible, les actes à suivre apporteront aussi l’expérience des différents intervenants et la richesse des échanges associés aux présentations. Ces journées clôturent en quelque sorte le premier plan de restauration, officiellement terminé en décembre 2003 mais qui s’est de fait poursuivi en 2004 à cause du décalage dans les versements des crédits pour ses divers objectifs. Les partenaires institutionnels, comme le Conseil Régional d’Aquitaine et plusieurs conseils généraux, apportent un soutien apprécié à ce programme. Pascal Fournier et Christian Maizeret en sont deux des acteurs majeurs. Le vison d’Europe a toujours besoin d’eux.

François MOUTOU

* DIREN Aquitaine, 95 rue de la Liberté, 33073 Bordeaux cedex / ** GREGE, route de Préchac, 33730 Villandraut

(Article paru dans le numéro 49 - Mars 2005 - du bulletin de liaison de la SFEPM "Mammifères sauvages" )

Pour télécharger le programme détaillé, cliquez ici (Fichier PDF - 890 Ko).


Communiqué de presse de la SFEPM du 16 mai 2003

Intoxications secondaires aux anticoagulants : le Vison d'Europe condamné par le projet d'arrêté rétablissant la lutte chimique contre le ragondin et le rat musqué

La recherche des résidus de 8 molécules d’anticoagulants utilisés pour empoisonner les rongeurs “ nuisibles ” a été réalisée sur 42 foies de mustélidés aquatiques (Vison d’Europe et Loutre) trouvés morts dans le milieu naturel en Aquitaine. Le constat est éloquent : 10% des animaux sont intoxiqués par la bromadiolone ou la chlorophacinone employées pour réguler chimiquement ragondins et rats musqués.

Les effets sur les populations de Vison d’Europe et de Loutre, deux espèces protégées et au statut particulièrement précaire, sont donc bien réels et catastrophiques, par les tonnages d’appâts empoisonnés distribués et les nombreux rongeurs contaminés que peuvent consommer ces deux carnivores.

Un projet interministériel (Agriculture, Santé, Ecologie) prévoit de légaliser, pour plusieurs années, l'usage de la bromadiolone, interdite en mai 2002 par le précédent Ministre chargé de l’Environnement. Si cet arrêté, rejeté à l’unanimité par le Conseil National de Protection de la Nature et par le Conseil National de la Chasse et de la Faune Sauvage (regroupant des protecteurs de la Nature, des chasseurs et des représentants de l’agriculture et de la forêt), est entériné par le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, les derniers Visons d’Europe présents en France pays sont condamnés. Un comble alors que ce ministère a pris l’engagement devant l’Europe et les partenaires du plan de restauration de l’espèce de tout mettre en œuvre pour stopper la disparition de cette espèce emblématique.

Le Vison d’Europe est en danger de disparition. En France, son déclin est largement entamé, il a disparu de Bretagne au cours des dernières années. Le déclin des dernières populations se poursuit malgré une forte mobilisation des naturalistes et des protecteurs de la Nature et le soutien de nombre d’acteurs locaux.
La reprise de la lutte chimique pour détruire les Ragondins ou Rats musqués risque bien d’être fatale au Vison d’Europe.

(Article paru dans le numéro 46 - Septembre 2003 - du bulletin de liaison de la SFEPM "Mammifères sauvages")



Cliquez ici pour en savoir plus sur le Vison d'Europe et les actions menées par la SFEPM